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Les bronzes antiques : patines intentionnelles et bronzes noirs au musée du Louvre

Conférence
Sophie Descamps

Mercredi 22 octobre à 19h
Salon rouge, Institut français de Vienne

En français

L’apparence actuelle des bronzes grecs et romains est trompeuse car les phénomènes de corrosion, liés à leur exposition dans l’Antiquité, aux traitements auxquels ils ont pu être soumis et aux conditions de leur enfouissement durant des siècles, ont altéré leur épiderme. 

Qu’il s’agisse de statues, de statuettes, de pièces de vaisselle ou de mobilier, d’éléments de parure ou d’armes, tous les bronzes parvenus jusqu’à nous sont en effet bruns, pourpres, verts ou bleutés. Ce n’était pas leur teinte d’origine.
Le bronze est principalement un alliage de cuivre et d’étain. Au sortir de l’atelier, les œuvres  avaient une couleur proche de celle de l’or, un or plus ou moins jaune ou rosé en fonction de la teneur en étain. On sait désormais, d’après les sources épigraphiques ou littéraires et quelques représentations figurées sur les vases, que c’est cette couleur, ainsi que l’éclat et la brillance de la surface métallique, qui étaient appréciés. Les effets colorés reposaient essentiellement sur des incrustations de cuivre et d’argent ; la brillance sur le polissage des surfaces. Pour la grande statuaire, le cuivre rouge concernait les lèvres, les pointes des seins, le sang des blessures, le décor des vêtements, d’un casque ou d’une cuirasse ; l’argent était utilisé pour les dents. Selon la tradition grecque et jusqu’au IIe siècle de notre ère, les yeux des statues, aux iris de verre cerclés de métal et enchâssés dans du marbre ou de l’ivoire,  étaient confectionnés indépendamment. Ils ont souvent disparu.
Il est difficile d’apprécier aujourd’hui l’effet esthétique produit par les centaines de bronzes qui étaient exposés dans les sanctuaires et sur les places publiques. Les Anciens cherchaient à retarder leur corrosion naturelle, en enduisant les épidermes de substances bitumineuses et d’huile d’olive, mais l’évolution redoutée était inéluctable : les bronzes s’assombrissaient, précisément à cause des traitements subis.
Les œuvres des sculpteurs de l’époque classique, tels Myron, Phidias, Polyclète ou Lysippe, n’avaient donc probablement déjà plus la même apparence quelques siècles seulement après leur création,  à l’époque où d’autres artistes eurent pour mission de les copier. Cet état intermédiaire aurait ainsi modifié, dès l’Antiquité, le regard porté sur les statues de bronze. Il aurait entraîné un changement de goût, qui explique vraisemblablement l’apparition au IIe siècle av. J.-C. de patines noires à base de soufre. Selon la légende, ce serait en 146 av. J.-C., qu’un autre bronze noir, le « bronze de Corinthe », aurait été fortuitement découvert. Cet alliage mythique  fascinait les Romains les plus riches et les alchimistes car s’il devenait noir, c’est parce qu’il contenait de l’or… Les études menées en collaboration  avec le Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France ont permis de repérer quelques « bronzes de Corinthe » dans les collections du Louvre.

Encrier de Vaison état actuelÉtat actuel (©Musée du Louvre/Patrick Lebaube). Laiton, cuivre, argent et or. Les ailes noires des Amours sont en « bronze de Corinthe ».

Restitution couleurs encrier de Vaison face BAquarelle restituant les couleurs originelles de l’encrier (©Catherine Bastien).

 

Sophie DescampsSophie Descamps, Conservateur en chef au département des Antiquités grecques, étrusques et romaines du musée du Louvre, est chargée de la collection des bronzes grecs et romains du musée depuis 1984.
Dans le cadre du Grand Louvre, elle a participé à plusieurs aménagements muséographiques et orchestré notamment la nouvelle présentation de la salle des bronzes du département.
Elle est l’auteur de plusieurs articles et communications sur les bronzes, ainsi que l’éditeur scientifique des actes du colloque Peinture et couleur dans le monde grec antique (musée du Louvre, 2004).
Elle a été l’un des commissaires des expositions Les Bronzes de la Couronne (musée du Louvre, 1999) et De Pompéi à Malmaison. Les Antiques de Joséphine (musée des châteaux de Malmaison et Bois-Préau, octobre 2008-mars 2009) puis, avec des directeurs de musées et d’éphories (circonscriptions archéologiques) de Grèce du Nord, de l’exposition Au royaume d’Alexandre le Grand. La Macédoine antique (musée du Louvre, octobre 2011- janvier 2012).
À l’occasion de la présence au Louvre, durant quelques mois, de l’Apoxyomène de Croatie, grand bronze découvert en 1996, l’une des répliques d’un prototype disparu, connu également par une autre copie antique découverte à Éphèse et conservée au Kunsthistorisches Museum de Vienne, elle a organisé en février 2013 une journée d’études sur la question de la datation des grands bronzes, journée qui sera publiée.

 

 

 

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